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Noureddine Bentoumi, un athlète pas comme les autres

Publié le 2 mai 2016
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Né à Chamonix d’un père algérien et d’une mère française, Noureddine Bentoumi a grandi à Modane puis à Albertville. Après une prépa, il intègre l’ENSERG en 1992 (devenue depuis Grenoble INP – Phelma), dont il est diplômé en 1995. Il entre alors chez Hewlett Packard, d’abord à Paris, puis à Eybens, où il travaille encore aujourd’hui. Noureddine a représenté l’Algérie aux JO de Turin en 2006 en ski de fond. Un défi incroyable pour un skieur amateur ! Son histoire a inspiré le film réalisé par son frère Farid Bentoumi et sorti le mois dernier sur les écrans : Good Luck Algeria. Nous l’avons rencontré.

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Lorsqu’on est installé dans la vie active, comment en vient-on à se présenter aux JO ?
A l’époque, je faisais pas mal de sport, sans pour autant être un sportif de haut niveau. J’ai vécu en Savoie, notamment en Maurienne à Modane, et ensuite à Albertville qui a été ville olympique en 1992. J’ai toujours fait pas mal de sport, notamment du ski et de la montagne, et j’avais fait énormément d’athlétisme lors de mes études à Grenoble INP, avec Christian Crépin. J’avais notamment participé aux championnats de France de Cross-Country. En revenant sur Grenoble, j’ai eu envie de me remettre au ski.
Le déclic, je l’ai eu lorsque l’un de mes entraineurs m’a parlé d’un Hongrois qui allait représenter seul son pays aux JO de Salt Lake City. Je me suis dit, « pourquoi pas moi ? » L’Algérie n’avait pas d’athlète olympique en ski de fond, je voulais être le premier. Après quelques recherches, je me suis rendu compte qu’il existait une fédération algérienne de ski. Je suis entré en contact avec eux, et là, la galère a commencé… A ce sujet, le film est en dessous de la réalité…  Bref, j’ai obtenu leur accord pour me présenter aux JO, mais je n’ai pas vraiment eu de soutien de leur part.


Comment se sont déroulées les préparations ?
Pour les qualifications, j’étais donc livré à moi-même : les entraînements, la préparation des skis, le fartage, les réservations d'hôtel… je devais tout assurer tout seul. Bien sûr, il y a eu des moments de découragement. J’ai finalement trouvé des sponsors pour l’équipement et contacté l’équipe de France pour leur exposer mon projet. Ils m’ont invité à participer à leurs stages d’entrainement. Mon employeur m’avait libéré un peu de temps, mais en général, je m’entraînais sur mon temps libre.
Toutes les courses de qualifications proprement dites, je les ai faites avec un Népalais (le trailer renommé Dawa Sherpa), un Argentin, un Portugais et un Kényan. Notre idée au départ était de nous regrouper pour nous relayer et terminer la course. On s’était dit qu’on avait nos chances. Mais durant la semaine qui a précédé les jeux, des officiels sont passés dans des cabines de fartage pour dissuader les « petits pays » de courir le 50 kilomètres et leur conseiller de faire plutôt le 15 kilomètres. Les autres ont cédé à la pression, pas moi.

Quel souvenir gardez-vous des JO ?

Je me souviens surtout de mon arrivée au Stade olympique de Turin, de la cérémonie d’ouverture... J’ai discuté  avec l’Albanais devant moi, qui était tout seul. Et l’Argentin, derrière, qui m’a développé toute une philosophie des Jeux, me prévenant sur ce qui m’attendait : une dépression post JO de plusieurs mois ! Il avait raison… Je n’oublierai jamais le long souterrain qui conduit au stade et la clameur des 60 000 spectateurs quand on entre sur la piste, juste avant le départ. Je me faisais l’impression d’être un gladiateur entrant dans l’arène.
Mais ce qui fait le plus d'effet, c'est de représenter un pays. Vous vous inscrivez sous votre nom et vous vous retrouvez avec des gens qui vous appellent par le nom de votre pays. Je n'étais plus Noureddine Bentoumi, j'étais l'Algérie ! Ça donne une autre dimension à l'expérience. Cela a d’ailleurs ses avantages et ses inconvénients. Alors que Dawa Sherpa était bien accueilli partout où il passait, ce n’était pas du tout mon cas... L’Algérie a très mauvaise presse sur le plan international, et j’en ai fait les frais. Mon rôle, dans cette aventure, était aussi de changer l’image de ce pays.

Votre famille, qui occupe une place très importante dans le film, vous a-t-elle soutenu ?
Oui, bien sûr. Tout au long de cette aventure j’ai pu compter sur le soutien de ma femme, qui a affrété un bus lors des jeux pour que ma famille et mes amis puissent venir me voir à Turin. Comme dans le film, mon père a été très fier de voir son fils représenter son pays sur la scène internationale. Même s’il n’a pas pu m’aider financièrement, il m’a soutenu à sa façon, en confectionnant des drapeaux et des bannières, par exemple.
D’une manière générale, l’ambiance familiale entre deux cultures décrite dans le film est très fidèle à la réalité. Mon frère y aborde aussi avec finesse la situation singulière des binationaux franco-algériens à qui, quel que soit leur niveau d’intégration, on rappelle sans cesse leur origine étrangère.


Votre expérience olympique a-t-elle changé votre vie ?

Pas du tout ! Ma participation aux Jeux Olympiques a été assez peu couverte par la presse, et en Algérie, personne n’en a parlé. Bizarrement, l’expérience cinématographique aura certainement plus d’influence. La réaction au film est incroyable : maintenant, il me faut une heure pour accéder à la cantine de mon entreprise ! Je suis abordé par des gens qui ne s’étaient même pas rendu compte de ce que j’avais fait il y a 10 ans. Je suis également contacté par les télés, les radios,.. je suis appelé par diverses associations, sportives ou sociales comme l’école de la seconde chance à Echirolles. Et même, par mon ancienne école d’ingénieur ! Le film donne vraiment matière à réflexion.

Merci Noureddine, et bonne continuation !


Pour la petite histoire, Noureddine s’était requalifié pour les JO de Vancouver en 2010, mais cette fois-ci, la Fédération Algérienne a fait barrage, et a envoyé un athlète plus jeune à sa place.
N’hésitez pas à aller voir le film ! Il passe encore au Club à Grenoble, au Pathé à Echirolles, et dans diverses petites salles de la région.
 

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Rédigé par Marie Glorion

mise à jour le 17 septembre 2016

Université Grenoble Alpes